Recherche effectuée par A.B, Saguenay, QC

Cet item ne mérite pas seulement d’être intronisé pour son apparence (in)esthétique mais également pour la déformation de sa symbolique historique réelle par l’ignorance et la naiveté.

Le véritable «jockey» noir représente non pas un cavalier de course mais un jeune adolescent afro-américain prénommé Jocko qui a été un héros de la Guerre d’Indépendance américaine. Jocko s’est joint aux troupes américaines de Georges Washington contre les Britanniques. Bien que Washington était un homme originaire du sud américain et propriétaire d’esclaves, il aurait été moins pro-esclavagiste que beaucoup de ses contemporains et aurait par conséquent relativement bien traité ses serviteurs. Beaucoup de Noirs américains ont décidé au cours de cette guerre de s’impliquer du côté des Américains de qui ils estimaient avoir plus de chances d’espérer une amélioration de leur sort, notamment du fait du libellé de la Déclaration d’Indépendance. Jocko désirait se battre mais Washington le jugeant beaucoup trop jeune pour de tels risques, il lui a plutôt demandé de demeurer de l’autre côté du cours d’eau (à la frontière de la Pennsylvanie) afin d’indiquer aux troupes l’endroit où elles pourraient prendre pied en toute sécurité en cas de retraite. Jocko fut si fidèle à son poste qu’il refusa de le quitter ne serait-ce que quelques minutes et fut retrouvé le lendemain matin mort gelé et tenant toujours sa lanterne. Washington le considéra comme un héro de guerre et lui fit élever une statue dans sa propriété de Mount Vernon, tendant sa lanterne.

Au cours du 19e siècle, les anti-esclavagistes américains qui connaissaient le véritable sens de la statuette (et qui n’avaient pas de problème à pouvoir considérer un Noir aussi comme un héros!) en firent un symbole. Les maisons arborant un Jocko de jardin en façade identifiaient leurs propriétaires comme sympathiques à la cause des Noirs et donc ces résidences comme asiles ou lieux de restauration potentiels pour les esclaves fuyant vers le nord et la liberté. Avec le développement du système de l’Underground railroad, un répertoire transmis oralement entre initiés des sentiers, caches et lieux d’asiles secrets à l’intention des Noirs en fuite, un code fut trouvé pour indiquer la présence de patrouilles sudistes recherchant les esclaves: un ruban rouge noué à la lanterne signifiait danger, un vert la voie libre.

Après l’abolition de l’esclavage suite à la fin de la Guerre de Sécession, certains américains qui n’en connaissaient pas le sens véritables et croyaient à un simple ornement continuèrent cette tradition. On le percevait comme l’image d’un domestique accueillant à l’entrée. Ce n’était pas nécessairement par franc racisme, mais par tradition factuelle et culturelle, vu l’habitude d’avoir plus généralement des domestiques Noirs plutôt que Blancs, et ce même dans le nord. Il faut mentionner que suite à leur libération, les Noirs ont dû occuper longtemps sur tout le territoire des États-Unis de tels emplois subalternes puisqu’ils n’avaient guère de moyens pratiques, juridiques et financiers d’accéder à l’éducation.

Au 20e siècle, le fait que les «Jockos» soient ainsi presque tous Noirs entraîna des critiques, puisque cela pouvait perpétuer l’image d’un Noir voué uniquement à la domesticité. Certains ignorant l’histoire de Jocko y virent (selon moi erronément et de façon simpliste) une source ou un symbole potentiel de racisme. Les amateurs de leur «esthétique» et les fabricants les modernisèrent donc en les vêtant d’une livrée de course (de jockey) et en en faisant également des modèles Blancs. Ce remplacement de la livrée du domestique par un costume de jockey est sans doute reliée à la confusion avec le prénom du «Jocko de jardin». Le développement de la consommation donna lieu aux variantes des faux jockeys qui pêchent, etc.